La photo de Saint Gatien vue aérienne en noir et blanc.


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Le chalet de Saint Gatien des Bois - Guttinger Ulric.

Sur ce territoire de Saint Gatien des Bois, le Chalet d’Ulric Guttinguer, en pleine forêt. Ulric était un personnage romantique et romanesque que nous connaissons par son autobiographie, publiée sous ce titre « Arthur », et qui relate les frasques, les remords, les regrets, la conversion et les méditations de l’auteur, ainsi que sa vie de châtelain généreux, de poète, de mécène et finalement d’Ermite pleureur.

Au Châlet de la Forêt, Ulric recevait nos grands personnages romantiques : Sainte-Beuve, George Sand, Victor Hugo, Alfred de Musset.

Au pied de ce promontoire se trouvent les Rouges-Fontaines, petite source dont les eaux ferrugineuses s’écoulent sur un lit de cailloux rouges, dans un cadre grandiose d’arbres géants. Guttingert, en souvenir de sa femme appela cette source « la Fontaine Virginie ». C’est là dit-on, qu’Alfred de Musset composa quelques-uns de ses chants pathétiques de l’amour et de la souffrance : les Nuit, et qu’il crayonna en 1829 l’ode à Ulric Guttenger.


Le ministre sollicite pour sauver le chalet Guttinguer.

M. Le Ministre, sauvez le chalet Guttinguer...

M. Michel d'Ornano vient de recevoir dans son courrier, un appel angoissé portant sur la sauvegarde du célèbre chalet normand.

Cette requête émane d'un Honfleurais très attaché à l'histoire de ce lieu si cher au coeur des poètes et qui s'étonne de l'abandon auquel est livré, depuis trop longtemps maintenant, le chalet adossé à la forêt de Saint Gatien.

Cette demeure a pourtant une belle histoire relatée notamment par Gabriel Reuillard, dans sa série fameuse « La Normandie et les Artistes ».

Ulbrich Guttinguer était né à Rouen, en 1787, d'une famille aisée. Il était l'époux de la jolie Rouennaise Virginie Gueudry, fille d'un ancien procureur de la Cour des Comptes de Normandie.

Cette personne mourut jeune et laissa en dot à Guttinguer, un des domaines appelé « Le Chalet ».

Guttinguer, un mystique romantique, eut une vie inimitable. Après vingt ans d'une existence effrénée, il revint définitivement en Normandie dans son chalet où il accueillit tous ses amis poètes.


Musset et Sainte-Beuve hôtes du chalet.

Intéressé par les récits des amours éperdues de Guttinguer, celui qui fut journaliste au « Globe » accepta d'entreprendre la rédaction de ces souvenirs en collaboration.

En avril ou mai 1830, Sainte-Beuve viendra fixer les grandes lignes de l'ouvrage avec Guttinguer, à Honfleur.

Ce qui intéresse alors le critique en flirt avec Adèle Hugo, c'est le côté passionnel des amours d'un séducteur de cette espèce. Et puis Honfleur le rapprochera de Rouen où il fait des séjours, et Rouen de Villequier. La rédaction du livre traînera en longueur.

Toutefois, des fragments « D'Arthur », roman autobiographique auquel Guttinguer s'est enfin décidé à travailler de son côté, paraîtront dans quelques cahiers philosophiques à Rouen, en 1834.

Sainte-Beuve écrira en 1836 : « J'ai rêvé avec lui, près de lui, sous les ombrages qu'Arthur sait si bien décrire, un grand roman poétique ».

Cent quarante ans plus tard, le chalet de Guttinguer conserve son histoire, mais il a perdu son lustre d'antan.

On a peine à reconnaître dans cette demeure à l'abandon, le lieu tant vanté et si admiré des poètes.

L'appel lancé à M. Michel d'Ormano sera-t-il de nature à restaurer le chalet comme il le mérite ?

Tous ceux qui s'intéressent à la sauvegarde des lieux historiques le souhaitent.

Le chalet Guttinguer occupe une place à part dans le romantisme. Après avoir tant offert à la méditation des plus grands, il mérite en retour d'être sauvé selon le voeu du correspondant du ministre de la Culture et de l'Environnement.

Et, comme en cette période de voeux tout est permis...


Photo

La vétusté le met désormais en péril.

Source : Journal Honfleurais du 30 décembre 1977.

Photo

Le Chalet Guttinger en septembre 2012.


Sainte-Beuve et Guttinguer à Honfleur.

Ulbrich Guttinguer, né à Rouen, en 1787, d'une famille aisée, époux de la jolie Rouennaise Virginie Gueudry, fille d'un ancien procureur à la Cour des Comptes de Normandie, qui lui apporta la fortune et mourut jeune en lui laissant le souvenir le plus attendri et le plus heureux de ses tumultueuses amours, fut le type accompli du romantique.

S'il a quelque notoriété c'est moins comme poète, non négligeable pourtant, quo comme membre du fameux Cénacle et assidu des réceptions de Charles Nodior à L'Arsenal, donc grand ami des romantiques dont il était l'aîné et fut en quelque-sorte le précurseur, très intempérant romantique, lui-même, ayant Iaissé les brûlants témoignages d'une folle existence amoureuse.


Un mystique romantique.

Il appartient à cette jeunesse dorée d'avant la Révolution qui, au Café de Paris, dissipe son temps et son argent en orgies fastueuses. C'est un mystique sensuel à la Chateaubriand, une sorte de Byron français. Althon-Sée, Roger da Beauvoir, Musset, Tattet et autres Don Juan de son époque, envient « son front pâli sous des baisais de femme » et sa séduction qui s'égare en aventures tumultueuses où ne manque même pas le rapt, autrement dit sa vie inimitable.

Après vingt ans de cette existence effrénée, surtout après un amour passionné pour une grande dame coquette « qui lui brise le coeur », c'est en Normandie qu'il revient définitivement, ayant conservé à Honfleur un des domaines appelé Le Chalet, reçu en dot par Virginie Gueudry, sa première épouse. Il s’y réfugie la plupart du temps, vers la cinquantaine lassé de tout, sauf des ses souvenirs, dont il aime narrer, avec un mélancolique désenchantement très romantique, les audacieuses péripéties.


Le Chalet aimé des poètes.

Parmi les bois, parmi les prés, le Chalet, adossé à la forêt de Saint Gatien, offre aux méditations des amis, presque tous poètes , accourus aux invitations de Guttinguer, hôte fastueux, son grand balcon qui domine l'étendue marine à perte de vue. On ne se lasse pas de l'y admirer. Tous, tour à tour, vont en célébrer le charme, la beauté.

Musset y vient à l'automne de 18l9, peu avant la publication des Contes d'Espagne et d'Italie. En 1835, ce sera Mme Victor Hugo qui ayant déjà apprécié le site et ses agréments, répond à une nouvelle invitation : « j’ai gardé un si bon souvenir du Chalet et de la paix qu'on y goûte. Mais, Victor n’est pas libre. J'irai encore cette année a Saint Prix... »

Tattet, grand ami de Musset et de Guttinguer, écrit au poète Arvers, auteur du célèbre sonnet le plus cité comme réussite en son genre: « Je t'écris du Chalet de Guttlnguer, où je suis depuis deux jours et où je voudrais bien te voir. Je suis dans le ravissement du Chalet et de sa forêt. C'est maintenant magnifique. Toute la journée le regarde la mer qui est tout près da nous, comme le badaud regarde l'eau couler. Je suis ébloui de toutes ces splendeurs. »

Sainte-Beuve, intéressé par les récits des amours éperdues de Guttinguer, accepte d'en entreprendre la rédaction en collaboration. Lui aussi deviendra un commensal d'Honfleur plus ou moins assidu.

Au commencement de 1829, peu de mois après la trahison de son avant-dernière maîtresse, Ulrich demande à Sainte-Beuve de venir à Rouen : « C'est là que le voudrais vous lire le déplorable ouvrage dont chaque ligne me brise le coeur... »

« Peu de jours après j'essaie en vain ce livre que vous m'avez demandé. Je n'ai pas la force nécessaire à le poursuivre. J'écris une phrase et je prononce un nom et je vois une image et je retombe sous le mot: Jamais. »

Un an après, en avril ou mai 1830, Sainte-Beuve veut bien se décider. Il vient fixer les grandes lignes de l'ouvrage avec Guttinguer à Honfleur et emporte des notes souvent très intimes. Ce qui intéresse alors le critique, en flirt avec Adèle Yoga, c'est le côté passionné des amours d'un séducteur de cette espèce. Et puis, Honfleur le rapproche de Rouen, où il fait des séjours, et Rouen de Villequier.

Par une lettre de fin mai 1830, Guttinguer remercie son collaborateur « de penser à notre livre ». Sainte-Beuve y pense-t-il autant que le souhaite celui qui en est le héros ? Hélas : la rédaction traine, languit. Peut-être est-ce parce qu'aux vacances d'été de 1830, Guttinguer a trouvé la grâce dans un voyage en Suisse et en Provence la fièvre de ses sens l'apaise plus ou moins temporairement dans la méditation des livres prêtés ou indiqués par Sainte-Beuve, notamment les livres des Pères du désert, traduits par Arnauld d'Andilly, L'Évangile, la Théosophe Saint Martin et même le Paroissien.

Cette pente récente de la nature de Guttinguer intéresse moins Sainte-Beuve que l'autre. Se lasse-t-il ? A-t-il épuisé la curiosité qu'il avait marquée pour les débordements sensuels du son ami ? Qui le dira ?

Toujours est-il que des fragments d'Arthur, roman autobiographique auquel Guttinguer s'est enfin décidé à travailler le tint côté en désespoir de cause, paraissent dans quelques cahiers philosophique à Rouen, chez Nicetas Periaux, en 1834. Vinet en parle, affirmant même que leur succès engagea Guttinguer à les rassembler, à les étoffer et à publier chez Renduel, l'éditeur habituel des romantiques, en 1836, sans nom d'auteur, un premier texte complet. Sainte-Beuve a-t-il collaboré, tout au moins en partie, à cette version ? On peut le supposer à la façon dont il a parlé du roman dans la Revue des Deux Mondes et les Portraits contemporains.

Quoi qu'il en ait été, ces lignes de Sainte-Beuve, qui datent de 1830, après la publication anonyme de « Volupté » sont suffisamment nettes, à notre avis, pour ne laisser subsister aucun doute sur l'interpénétration très intime des deux esprits et sur leur mutuelle influence : « entré dans ses confidences d'alors (1829-1834), ému de ses souvenirs plus que des miens, j'ai rêvé avec lui, près de lui, sous les ombrages qu'Arthur sait si bien décrire, un grand roman poétique... Pour achever ces indiscrétions sur l'auteur d' « Arthur », je dirai que, si celui de « Volupté » l'avait connu, il semblerait avoir songé à lui expressément dans le portrait de son ami de Normandie... »

On peut donc affirmer que, sous les ombrages d'Honfleur, qu'Arthur sait si bien décrire (et c'est ce connaisseur de Sainte-Beuve qui nous l'a dit) non pas un seul, mais deux grands romans poétiques, Arthur et Volupté ont commencé à voir le jour.

Source : Article signé par Gabriel Reuillard dans un journal local du 9 août 1968.


Patrimoine de France - Monument Historique.

Voici la fiche signalétique du châlet, émanant des Momunents Historiques :

Catégorie : Maison.

Eléments protégés MH : élévation.

Epoque de construction : deuxième quart du 19ème siècle.

Année : 1830.

Auteurs : Güttinger Ulrich (maître de l’œuvre).

Historique : Chalet construit en 1830 par Ulrich Güttinger, chef de file de l’école romantique. Fréquantant le Salon de l’Arsenal, il reçut souvent à Saint Gatien les grands écrivains de son époque : Georges Sand, Musset, Sainte-Beuve,... Ce chalet de bois romantique, d’inspiration suisse, est entouré d’une forêt donnant sur la mer.

Propriété d’une personne privée.

Date de protection MH : 3 octobre 1983 : inscrit MH.

Les façades et les toiture (cad. AK19) : inscription par arrêté du 3 octobre 1983.

Observations : Instance de classement 7 juin 1988.

Type d’étude : recensement immeubles MH.

Numéro notice : PA00111669.

Source : Monuments historiques, 1992.

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